Une nouvelle saison à La Minoterie

« La création artistique pour la jeunesse est profuse ». Entretien de Christian Duchange avec le média Infos Dijon à l'occasion de l'ouverture de saison 21-22.

Quelle est la ligne directrice de la nouvelle saison à La Minoterie ?

« C’est compliqué de vouloir poursuivre une seule chose et tant mieux qu’on n’y arrive pas car finalement ça veut dire que la création artistique pour la jeunesse est profuse et large.
Quelques préoccupations reviennent toutefois, telles que les questions face au climat, de démocratie et des craintes par rapport à l’avenir, mais aussi la question de l’imaginaire chez les enfants et de la manière de grandir dans le monde d’aujourd’hui. Tout cela décliné par la marionnette, en musique, au théâtre, auprès de jeunes enfants dès la crèche jusqu’au lycée.
Il y a forcément un éclectisme qui s’installe. Avec aussi de très belles échappées. Cette saison par exemple, les livres vont se transformer en objets et se raconter autrement. Et les pépiements d’oiseau vont se confondre avec les premiers sons d’enfants. »

Combien de rendez-vous cette saison 2021-2022 englobe-t-elle ?

« Avec plusieurs reports dus aux perturbations de la saison dernière, cette saison sera plus importante que les précédentes. On comptera toujours une vingtaine de résidences de compagnies et d’artistes, dont trois du territoire régional. Et on passe à 22 spectacles (une quinzaine lors des dernières saisons) pour une cinquantaine de représentations.
Nous aurons un temps fort autour des adolescents sur toute une semaine, pas seulement avec les artistes et les programmateurs, mais aussi pour celles et ceux qui travaillent avec les ados, dans le milieu médical, dans le milieu social, dans l’animation. »

La crise a-t-elle quelque part renforcé la mission de soutien de La Minoterie aux compagnies (le lieu est qualifié de pôle de création jeune public et d’éducation artistique) ?

« Oui et ça nous a même fait retrouver des valeurs, celles de l’attention au territoire, aux propositions des artistes d’ici. On a aidé plus de compagnies locales par l’achat de spectacles.
Et puis nous avons été amenés à diversifier les formes des spectacles pour essayer qu’ils soient les plus souples possibles, plus légers techniquement pour pouvoir aller les jouer à l’extérieur de La Minoterie. »

Cette journée de lancement de saison vous a-t-elle rassuré sur la fréquentation d’une structure comme la vôtre, alors que la crise sanitaire a considérablement chamboulé le monde culturel ?

« Pour l’instant oui ça rassure. On a vu beaucoup de gens dans un week-end marqué par les Journées du patrimoine. Mais au-delà de ça, il faudra être attentif à voir comment les enfants retrouvent le goût au spectacle, le goût de la sortie au spectacle avec les parents.
On s’est beaucoup confiné chez nous, les plats livrés à domicile devant Netflix et autres plateformes. La tendance du chacun chez soi et la crainte de l’autre par rapport aux histoires de contamination ne vont pas se résoudre en un claquement de doigts.

On a échappé au bide de fréquentation dans un week-end chargé mais nous pourrons faire un vrai bilan à la fin du premier trimestre, afin de bien mesurer si le public reprend le chemin des structures culturelles, si les sorties scolaires reprennent. »

Un petit pincement au cœur de laisser la direction de la Minoterie ?

« Je l’ai choisi car j’avais besoin de marquer une pause et je ne me voyais pas, à 65 ans, repartir pour quatre ans de direction suivant la convention avec l’État.
Mais c’est vrai que ce n’est pas simple. On a construit le lieu ensemble, avec toute l’équipe. C’est la huitième ouverture de saison que l’on fait ici. En comptant la préparation du projet, ça représente une dizaine d’années. Cette équipe est attachée au lieu, à la dynamique. Il y a une sorte de bonheur à être ici et ce bonheur, je me l’enlève.
Cela dit, il était temps de faire ce choix. Je ne vais pas remonter une cathédrale ni une équipe permanente, je suis dans la liberté d’entreprendre. Pourquoi ne pas m’occuper de la mise en scène d’un projet, au profit d’un théâtre. Je vais revenir à mon désir initial. »

La future directrice du lieu a-t-elle eu son mot à dire sur le contenu de cette saison ?

« Non puisqu’elle arrivera à la moitié de cette saison. On m’a demandé de préparer toute la saison. En revanche, on lui a laissé l’occasion de programmer un événement de fin de saison qui sera un peu sa marque, tout en rentrant assez rapidement dans le vif du sujet pour préparer la saison suivante. »

La minoterie est finalement une jeune structure qui a encore de beaux jours devant elle…

« Elle a atteint l’âge de raison, pas au sens d’être raisonnable mais au sens d’être dans le raisonnement. Marie Levavaseur a compris qu’on peut emmener cette structure sur des enjeux nouveaux avec un programme ambitieux, une continuité pour qui est de la résidence artistique en tant que lieu de fabrique mais aussi un développement des travaux et réflexions, encore plus avec les tout-petits, avec le monde de la science, de la recherche. Le lieu peut encore s’ouvrir et elle a envie de prendre ce virage. »

Propos recueillis par Alix Berthier pour l'article du 20/09/21 d'Infos Dijon